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Devoir de diligence dans les régions instables: ce que les employeurs doivent désormais prouver

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Table des matières

La mobilité internationale est entrée dans une nouvelle phase. Ce qui était autrefois une activité principalement opérationnelle et gérée par les ressources humaines est désormais une responsabilité d’entreprise à haut risque, directement liée à la gouvernance, à la responsabilité juridique et aux risques réputationnels.

L’instabilité géopolitique n’est plus épisodique. Les conflits évoluent plus rapidement, les environnements politiques changent sans préavis, et les risques opérationnels dans certaines régions peuvent s’intensifier en quelques heures plutôt qu’en plusieurs semaines.

Dans ce contexte, envoyer des employés à l’étranger n’est plus une décision de routine : c’est une décision qui doit pouvoir être justifiée a posteriori autant qu’a priori.

Et c’est là le changement clé : les employeurs ne sont plus jugés sur le fait qu’un risque se soit produit, mais sur le fait qu’il ait été correctement identifié, évalué et atténué avant que l’exposition ne soit créée.

Du risque opérationnel à l’exposition juridique

Les obligations de devoir de diligence ne se limitent plus aux cadres de sécurité au travail nationaux. Lorsque les employés voyagent ou sont affectés à l’étranger, l’employeur conserve la pleine responsabilité de leur protection, quelle que soit la géographie ou les conditions locales.

Ce principe repose sur une doctrine juridique bien établie en Europe :

  • En Italie, l’article 2087 du Code civil impose aux employeurs d’adopter toutes les mesures nécessaires pour protéger l’intégrité physique et psychologique des travailleurs, conformément aux connaissances techniques et à l’expérience.
  • La Cour de cassation italienne a à plusieurs reprises précisé que cette obligation est de nature préventive et s’étend à tous les risques prévisibles, y compris ceux survenant à l’étranger.
  • Au niveau des droits de l’homme dans l’UE, la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) a systématiquement établi, en vertu des articles 2 et 3 de la Convention européenne des droits de l’homme, que les autorités (et, par extension, les entités porteuses de devoirs dans des cadres de raisonnement analogues) doivent prendre des mesures opérationnelles lorsqu’un « risque réel et immédiat » est ou aurait dû être connu (Osman c. Royaume-Uni, 1998 ; Opuz c. Turquie, 2009).

Cela crée une réalité critique : les affectations internationales élargissent la « zone de responsabilité » de l’employeur, sans la diluer.

En pratique, cela signifie qu’une évaluation inadéquate des risques peut passer d’un problème de gestion à :

  • une responsabilité civile pour négligence,
  • une responsabilité pénale en cas de préjudice grave ou de décès,
  • une responsabilité de l’entreprise liée à une défaillance organisationnelle ou à des contrôles insuffisants,
  • un préjudice réputationnel aux conséquences commerciales à long terme.

L’attente juridique n’est plus une conformité abstraite, mais une prise de décision documentée, raisonnée et étayée par des preuves.

Quand le prévisible devient punissable

La jurisprudence européenne et nationale récente renforce systématiquement le principe selon lequel, lorsqu’un risque est prévisible et que l’information est disponible, les employeurs sont tenus de prendre des mesures préventives appropriées ; à défaut, ils s’exposent à une responsabilité civile ou pénale selon la juridiction et les circonstances.

Cela est particulièrement pertinent dans les cas impliquant des régions fragiles ou instables, où :

  • les indicateurs de risque sont publiquement disponibles, mais ne sont pas systématiquement intégrés dans la prise de décision,
  • les autorisations de voyage sont motivées par l’urgence opérationnelle plutôt que par une évaluation structurée,
  • les mesures d’atténuation existent sur le papier, mais ne sont pas adaptées aux conditions locales,
  • le suivi cesse une fois que l’employé a quitté le pays d’origine.

Dans de tels contextes, le problème n’est rarement l’absence d’informations, mais l’absence d’interprétation structurée et d’action.

La nouvelle attente : la preuve continue de la diligence

Une évolution clé du devoir de diligence est procédurale : il ne suffit plus de démontrer qu’une évaluation des risques existe.

Les entreprises sont désormais tenues de prouver leur conformité à la « norme de devoir de prévention », issue à la fois du droit de la sécurité au travail et des principes de négligence en Europe.

Cela implique de démontrer :

  • le respect des obligations de prévention basées sur les risques (Directive-cadre 89/391/CEE de l’UE sur la sécurité et la santé au travail),
  • l’application du test de prévisibilité en droit de la négligence (juridictions nationales de l’UE et systèmes de common law),
  • que les évaluations sont réalisées avant chaque affectation, et non de manière périodique et générale,
  • que les décisions reflètent les réalités géopolitiques et sécuritaires actuelles,
  • que les niveaux de risque sont traduits en mesures de protection opérationnelles concrètes,
  • qu’il existe une traçabilité entre l’information, la décision et l’autorisation.

En d’autres termes, le devoir de diligence est devenu un processus de justification continue, et non une étape de conformité statique.

Pourquoi l’environnement mondial actuel augmente l’exposition des employeurs

Trois macro-tendances accroissent le risque de responsabilité pour les employeurs internationaux :

  1. L’accélération de la volatilité géopolitique : les conditions de risque changent rapidement et de manière imprévisible, réduisant l’efficacité des évaluations statiques.
  2. L’extension des cadres de responsabilité des entreprises : les tribunaux et les régulateurs attendent de plus en plus des organisations qu’elles démontrent des systèmes de prévention structurés, et non de simples réactions.
  3. Une mobilité accrue des employés vers des régions complexes : même les rôles non à haut risque impliquent désormais une exposition à des environnements autrefois considérés comme périphériques ou stables.

Ensemble, ces tendances créent une situation où une gouvernance des risques inadéquate est de plus en plus difficile à défendre après un incident.

 

L’évaluation des risques comme fonction de gouvernance

Ce qui émerge, c’est un changement de propriété : le risque lié aux déplacements n’est plus uniquement une préoccupation des ressources humaines, ni une fonction purement sécuritaire. Il se situe à l’intersection de :

  • la responsabilité juridique (cadres de responsabilité civile et pénale),
  • les obligations de gouvernance d’entreprise,
  • le droit de la sécurité au travail (Directive 89/391/CEE de l’UE),
  • les devoirs de protection des employés (articles 2087 du Code civil italien, doctrines équivalentes en France et en Allemagne).

Cela fait de l’évaluation des risques une préoccupation de niveau directionnel, car elle affecte directement l’exposition à la responsabilité et la résilience de l’entreprise.

De la sensibilisation au contrôle opérationnel

Les entreprises les mieux positionnées dans cet environnement sont celles qui passent de la simple prise de conscience des risques à un contrôle structuré des décisions de mobilité.

Cela nécessite des systèmes capables de :

  • consolider les informations sur les risques fragmentées,
  • traduire les données géopolitiques en décisions opérationnelles,
  • garantir la cohérence des processus d’approbation,
  • maintenir une documentation prête pour l’audit,
  • prendre en charge les mises à jour en temps réel pendant les affectations en cours.

Sans cette structure, les organisations s’appuient sur le jugement individuel dans des contextes où les conséquences d’une erreur sont de plus en plus graves.

 

Permettre des décisions défendables avec Atlasposting

Le logiciel Atlasposting d’A&P est conçu pour aider les organisations à intégrer directement l’intelligence des risques dans le processus de prise de décision en matière de mobilité, en garantissant que chaque affectation internationale est soutenue par :

  • une visibilité structurée des risques au niveau de la destination,
  • un suivi dynamique des conditions évolutives,
  • une surveillance centralisée de l’exposition des employés,
  • des parcours décisionnels traçables qui soutiennent l’auditabilité et la conformité.

L’objectif n’est pas seulement l’efficacité opérationnelle, mais la capacité à démontrer, clairement et rétrospectivement, que le devoir de diligence a été activement exercé, et non simplement supposé.

Conclusion

Dans les régions instables, le devoir de diligence est de plus en plus évalué sur la base de ce qui peut être démontré, et non seulement de ce qui était intentionnel. Dans les systèmes juridiques européens et la jurisprudence établie, les employeurs sont tenus de prouver que les risques prévisibles ont été identifiés, évalués dans leur contexte et traduits en mesures préventives appropriées tout au long de la durée des affectations internationales.

Cela fait de la structure, la cohérence et la traçabilité dans la gestion des risques un élément central de la conformité et de la défensabilité juridique.

Dans ce cadre, A&P accompagne les entreprises dans la consolidation des informations sur les risques et garantit la continuité des processus d’évaluation et de suivi, aidant ainsi à rendre les obligations de devoir de diligence opérationnelles, documentables et alignées sur les attentes juridiques évolutives.

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Atlasposting – Évaluation des risques

Grâce à son logiciel Atlasposting, Arletti&Partners propose une analyse du pays de destination, structurée en catégories détaillées.

Pendant toute la durée du séjour à l’étranger du collaborateur, Atlasposting envoie des alertes régulières et pertinentes sur le pays de destination.

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